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Avoir du style ou être à la mode ?

Être à la mode, c'est bien. Avoir du style, c'est mieux. Quelques jours après la fin des défilés haute couture, et en attendant la déferlante du prêt-à-porter en fin de mois, quel bilan tirer de cette traditionnelle "fashion week" ? Une fois n’est pas couture, nous avons demandé l’avis de Kamel Lahmadi, fondateur de Style & the City. Un regard différent sur les coulisses de la mode…

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Avoir du style ou être à la mode ?
© Style & the City

Les amateurs ne le savent que trop bien, nous sommes en plein dans l’œil du cyclone de la mode. Du 17 au 20 janvier derniers, le prêt-à-porter masculin était à l’honneur (saison automne-hiver 2008-2009). Du 23 février au 2 mars, ce sera au tour du prêt-à-porter féminin.
Mais surtout, entre les deux, du 21 au 24 janvier, c’était au tour de la haute couture, navire amiral de la mode, de présenter les nouvelles œuvres des grands couturiers pour la saison printemps-été 2008. Comme chaque année, ce fut un gigantesque Barnum, avec ses accréditations aussi convoitées que des reliques sacrées, ses invités people à lunettes noires, ses journalistes blasés, ses modèles élancés, ses shows millimétrés aux excentricités calculées. La fashion week, comme on l’appelle, c’est le rituel annuel qui permet à Paris de redevenir, l’espace de quelques jours, la capitale de la mode, et au microcosme de la mode de devenir le centre du monde. Un centre bien futile, un centre qui finalement ressemble à un bien joli nombril. Mais comme ce qui est futile est bien souvent essentiel, comment passer sous silence les grands moments de cette fashion week ?

Devant / Derrière

Sur les podiums, quelques grands rendez-vous. Jean-Paul Gaultier revisitant les contes de fées pour conjurer d’authentiques sirènes, Givenchy drapant ses modèles de tons monochromes et vaporeux, Christian Lacroix éclaboussant Beaubourg de couleurs criardes, John Galliano rendant hommage à Klimt pour Christian Dior, Lagerfeld jouant la carte de la sobriété pour une collection Chanel un peu fade, Cathy Pill au style résolument glamour... Ça, c’est pour le devant de la scène.
Mais derrière ? Et autour ? Le monde de la mode est une ruche bourdonnante qui, lors de la fashion week, se transforme en véritable nuée d’essaims survoltés. Ça court dans tous les sens, ça vole, ça se cogne, et qui s’y frotte, parfois, s’y pique. Pour celui qui observe cela avec distance et avec l’œil de l’entomologiste, le spectacle vaut son pesant d’or. C’est le cas de Kamel Lahmadi. En vieux routard des médias et du monde du spectacle, ce touche-à-tout a décidé de porter un regard différent sur le monde de la mode avec son site Style & the City. Décrypteur de tendances, il traque le style sous toutes ses formes, chez les anonymes et les people, dans la rue comme dans les palaces. Il a accepté de nous faire partager son regard sur la mode, le style… et la fashion week.

Avoir du style ou être à la mode ?
© Style & the City

Bonjour Kamel, peux-tu nous présenter en quelques mots le concept de Style & the City ?

J’ai eu l’idée de créer Style & the City afin de montrer que le "vrai style" se trouve surtout dans la rue. Mon idée : photographier des gens que je croise dans la rue et qui ont du style, tout simplement. J’en fais des romans-photos  pour humaniser la mode, pour remettre l’individu au cœur des tendances, en partant du principe que "la mode c’est pour les moutons alors qu’avoir du style c’est avoir de la personnalité". Bien sûr, il existe déjà des blogs de street style connus, mais Style & the City aspire à ajouter une touche humaine par le biais de ses romans-photos. Je mets ainsi en valeur non seulement le style mais aussi la personne que je prends en photo de manière à créer une proximité, une connivence, voire de l’affection. Le public visé est celui qui s’intéresse à la mode bien sûr. Il est majoritairement féminin, de 15 à 45 ans.

Ce serait quoi en fait, ta définition du style ?

Le style est propre à chacun. Il y a autant de styles que de goûts personnels. Et parmi tous ces styles il y a ceux qui déclenchent en nous le désir de copier, d’appartenir à un groupe, de s’approprier une tendance, de posséder un vêtement ou un accessoire… L’aspect communautaire joue un rôle assez fort dans le style, il y a à la fois la volonté de se distinguer et celle de se soumettre à des codes identifiables. Je déteste les looks "tektonik" par exemple, mais il y a une communauté qui se reconnaît et qui s’aime dans ce look.

Quel regard portes-tu sur le monde de la mode en général, et en particulier sur l’univers de la haute couture ?

Je trouve que la haute couture se complait dans un certain élitisme et a oublié de véhiculer des valeurs de générosité, d’humanité, de joie, de partage. La haute couture ne touche finalement qu’une petite partie de la population qui se regarde en circuit fermé. Elle devrait profiter de l’aura qu’elle suscite auprès d’autres couches de la population pour se "décoincer" et être plus proche des gens – s’inspirer d’eux et les inspirer. Certains vous diront que c’est justement son inaccessibilité qui fait de la haute couture un rêve. Je ne suis pas d’accord. Le rêve et les valeurs humaines sont, pour moi, compatibles.

Penses-tu que Paris est encore la capitale de la mode et du style ?

Paris n’est plus la capitale de la mode et du style. Sans même aller jusqu’à se déplacer, il suffit de se promener sur des sites et blogs anglophones pour voir que les rues new-yorkaises, londoniennes, ou même d’Oslo (?) sont 100 000 fois plus stylées et joyeuses que nos rues parisiennes. Ce n’est pas pour rien si l’un des plus grands photographes de street style au monde a décidé de partir à Londres.

Mathieu Doumenge   1 commentaires   Retour en haut de page
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Vos commentaires

Farenza | C'est certain...

Paris n'est pas (plus ?) la capitale de la mode, en tout cas dans la rue... Aucune originalité, aucune excentricité, aucune folie. La mode est faite pour s'amuser. Il suffit d'aller jeter un coup d'oeil aux tenues de nos voisines glaises ou sur celles des Japonaises à Tokyo.

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